Comment draguent les hommes cis hétéro

 

Avril 2018. Je suis à une soirée avec pléthore de personnes de genre majoritairement masculin (ouais 2018, sale année). Je me retrouve intriguée par un garçon que je vois faire glisser son pouce de gauche à droite sur son écran, et répéter l’opération comme à l’infini. Voyant mon air intrigué, il s’exclame alors : « ben oui, vous les meufs vous faites pas ça ». Toujours pas plus renseignée sur son manège je regarde son écran et je vois : il swipe toutes les meufs de son Tinder vers la droite, vers le « match », sans distinction. Assez ahurie, je demande aux autres hommes de la soirée si ils ont une attitude similaire. Tous me répondent positivement : « ben oui, on les match toutes puis on filtre dans celles qui nous match en retour, et on garde les moins moches » *hilarité générale*. Suite au souvenir de cette anecdote, j’ai décidé pour vous aujourd’hui de lister les 7 clichés de techniques de drague virtuelle qui rendent la séduction des mecs cis hétéro aussi délicieusement ridicule. C’est parti !

1) Vous mansplainer : souvent le mec cis het pense qu’il sait beaucoup de choses. Il aura grand plaisir à vous le faire savoir. Il préfère d’autant plus vous expliquer des choses dans votre propre domaine d’expertise. Et oui, ce serait étonnant qu’une femme s’y connaisse en un sujet qu’elle a étudié plusieurs années. Point bonus si il a fait des études supérieures, là c’est franchement la merde pour les faire redescendre, vous êtes prévenues.

2) Vous prendre pour une petite chose un peu bête mais mignonne : Le fameux : « Ah t’es mignonne/amusante/chou » Si le mec cis het est si sûr de lui quand il vous explique la vie, c’est bien qu’il pense que vous êtes, comment dire, COMPLETEMENT CRUCHE. Oui, si vous voulez charmer un mec cis het il est important de le conforter dans l’idée que vous ne savez pas grand chose et qu’un professeur patient (mais ferme :$) est ce que vous attendiez depuis tant de temps. En fait le mec cis het s’excite de vous voir comme un bébé chiot, dans un contexte zoo-o-pédophile des plus normalisés.

3) Vous insérer un élément pouvant sexualiser votre conversation : il faut savoir qu’avec notre ami patriarcat et ses sbires les injonctions virilistes, les hommes cis het pensent qu’ils ne sont véritablement des hommes que si ils insèrent-leur-penis-dans-des-vagins. Le sexe, qui devrait être une activité amusante, comme faire du vélo ou du cricket (selon classe sociale) devient un besoin NECESSAIRE qui doit être assouvi, sous peine d’être moqué par ses pairs entre deux shots de vodka bas prix le vendredi soir. Alors vous comprenez bien que dans un tel contexte de crise, le mec cis het ne pourra pas s’empêcher de rapidement vous emmener vers ce pourquoi il est venu vers vous : LA BAISE. Et ainsi, vous pouvez essayer de parler de n’importe quoi, le mec cis het vous ramènera toujours à sa queue.

4) Mettre une photo de profil Tinder avec un chaton : genre où avez-vous trouvé cet animal ? Vous le louez le temps de la photo ? Il y a des agences pour ça ?!

5) Vous faire du passif – agressif (neg hits) : comme toute Homme, le mec cis het a des fêlures. Si il se retrouve face une fille qui ne se laisse pas dominer notamment en n’hameçonnant pas aux précédentes techniques, le mec cis het lance une attaque des plus redoutable : le passif agressif ( ou le « negativ hits », oui parce que ça a été théorisé t’as cru quoi). Cette technique consiste à envoyer des pics enfin d’attaquer la confiance en soi de sa victime. Descendre une fille pour qu’elle doute d’elle et s’accroche ensuite au moindre signe de validation de votre part : aaaah, l’Amour !

6) Disparaître… mais revenir. : le mec cis het a lu sur commentséduire.com que les femmes aimaient les hommes mYstErIeUx. Il est coutume donc pour le mec cis het de ne pas répondre parfois pendant plusieurs jours dans le seul but de faire croire qu’il a une vie. Vous voulez montrer à une femme que vous l’appréciez ? Répondez lui de manière sporadique, exactement comme si vous vous en battiez les steaks ! D’une logique implacable.

7) Vous faire croire qu’il est féministe : le mec cis het est un animal qui s’adapte à son environnement. Il a remarqué que les meufs se laissaient de moins en moins marcher dessus. Comment donc choper de la zouz si elles deviennent toutes féministes ? Leur faire croire qu’on l’est aussi pardi ! Et pour vous le top des meilleurs expressions du gars-qui-fait-croire-qu-il-est-féministe-alors-que-non :

  • « Attends tu rigoles ou quoi ? Je suis grave féministe ! »
  • « Tu sais moi il y a un truc que je comprends pas, c’est ces mecs qui ne respectent pas les femmes » [insérer émoji choqué]
  • « Non mais il n’y a pas plus féministe que moi »
  • « J’aime tant les femmes, tu sais j’ai été éduqué par ma mère » *moment émotion*
  • « Je t’ai dit que j’étais féministe ? »
  • « Attend attend comment ça on couchera pas ensemble ? »
  • « MAIS SALE PUTE VA TE… »

 

 

Laura Doniri

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L’infâme doit-il être montré ?

TW : violences sexuelles (dans le cinéma) citées

Toujours aujourd’hui fait débat la question de la représentation de l’infâme. Depuis sa création le cinéma se demande ce qui est éthique de montrer ou non. Nous voyons bien une banalisation de la violence dans les différents systèmes de représentation. Parfois cela pose problème, parfois moins.

Pour répondre à la question de la démonstration de l’infâme il faut déjà distinguer deux choses. Premièrement il y a l’infâme que je définirais d’occasion. On parle de découper des gens en morceaux, de tueur en série masqué, de purge annuelle. Cet infâme là est occasionnel, il se produit rarement, et on est conscient de son horreur. Mais dans un deuxième temps on retrouve ce que je nomme l’infâme ordinaire. Ces actes sont quotidien sans qu’on s’en rende compte. Ils sont intégrés et même parfois justifiés dans et par notre société. On parle de violence de système telles le sexisme, racisme, LGBT-phobies et toute autre violence normalisée dans notre société. Par « normalisée » on ne veut pas dire que cette violence est toujours totalement approuvée mais plutôt qu’elle ne revêtira pas le caractère « infâme » aux yeux des spectateurs, elle sera plus souvent excusée d’une manière ou d’une autre (culpabilisation de la victime, recherche de cause hors contexte etc.). Si on revient au cinéma, on se rend compte que le premier type de violence pose moins problème car elle est (presque toujours) fictionnelle et on la considère bien comme infâme, il n’y a pas de discussion là dessus. Quand on commence à montrer la violence du deuxième type on se retrouve plus ennuyé, car on touche la réalité.

Mais y-a-t-il une manière de représenter au cinéma l’infâme des violences « normalisées » ? L’horreur quotidienne des viols, des agressions sexuelles, de la violence conjugale peut-elle être montrée d’une manière éthique ? Il semblerait que oui et pour cela il faut mobiliser le concept de complaisance. Ce concept peut s’illustrer dans l’exemple qui suit. On se rappelle de la scène de Star Wars avec Han solo qui embrasse de force Leia ou des moments dits « romantiques » où les différents James Bond plaquent leur future amante au sol pour leur arracher un baiser ou encore ce passage où Rick Deckard ordonne à Rachel, visiblement terrifiée, de l’embrasser. Un point commun dans toutes ces situations ? Un héros force une femme à avoir un rapport, il commet une agression sexuelle mais le spectateur consent à cette agression. La complaisance est présente. D’ailleurs pour la plupart d’entre nous il ne s’agit pas d’agressions sexuelles. Pourtant la loi le dit bien : ARTICLE 222-22 DU CODE PENAL : « Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ». Il s’agit des attouchements imposés sur le sexe ou sur des parties du corps considérées comme intimes et sexuelles : les fesses, les seins, les cuisses et la bouche (baisers forcés). Seulement voilà, la scène est tournée de manière à nous faire complaire à l’agression. L’agresseur est un héros, il est beau et fort, il sauve des vies. On peut retenir une première chose : il n’est pas éthique de représenter la violence dans une scène qui amène à la complaisance de cette violence. Dans un cas inverse on retrouve l’horrible scène de viol durant plus de 10 min dans le film « Irréversible » de Gaspar Noé. Malgré l’horreur absolue de la scène de viol sur Monica Bellucci, le moins que l’ont puisse dire c’est que la séquence dégoute. L’infâme peut être montré en cinéma mais si seulement il n’amène pas la complaisance. On peut peut-être dire que la durée terriblement longue du viol dans ce film peut laisser place à un voyeurisme abject et ainsi faire complaire le spectateur pour finir. Mais autre problème que celui de la complaisance, la séquence regroupe les clichés du viol : le violeur est un drogué, la victime est habillée de manière affriolante, la scène se passe la nuit, dans une rue froide et sordide. Ainsi on est dégouté (pas de complaisance) mais par une scène peu réaliste de viol (80 % des violences sexuelles étant perpétrées dans un contexte familier, par un proche de la victime) ce qui laisse au spectateur l’occasion de complaire aux scènes d’agressions moins clichées, faites par nos « héros » de tout à l’heure.

Est-ce que l’infâme peut être montré ? La réponse est oui, si la scène de violence ne pousse pas le spectateur à complaire à celle-ci. Aujourd’hui encore nous avons trop tendance à esthétiser les scènes de violences ordinaires. Récemment nous avons eu le triste exemple de ce couple de danseur se présentant à « Un Incroyable Talent » avec une chorégraphie se basant sur les violences conjugales, la fille maquillée de fausses blessures. Les commentaires de la vidéo parlent d’eux-mêmes : « Quelle beauté ! », « Quel émotion ! », « Cette passion ! ». Seulement voilà, la violence conjugale, la vraie, n’a rien de beau, d’émouvant ou de passionnel. Nous nous retrouvons dans la plus grande des complaisances à être émerveillé devant la représentation d’un infâme glamourisé, et ainsi, intégré, normalisé, approuvé.

 

Laura Doniri

Grâce au maquillage

On voit de tout sur le maquillage. Parfois on le demande pour les occasions : « 10 maquillages de fin d’année », parfois il ne doit pas être vu : « Nouvelle vidéo sur un maquillage discret pour le bureau », parfois on le dénonce : « les effets néfastes du maquillage sur votre peau », il sert parfois à exprimer son mépris : « Non mais tu l’as vue celle-là avec ses tonnes de make-up ? D’un vulgaire ! ». Pour le sens commun, le maquillage est aussi futile que nécessaire. Le paradoxe. Le maquillage semble être une histoire d’équilibre impossible à trouver pour être accepté-e en société.

Les assignées femmes ont le devoir d’être belles et désirables pour être bien perçu-e-s en société. Une assignée femme qui ne rentre pas dans les idéaux de beauté sera souvent ignoré-e, parfois moqué-e. Cela qu’importe son intelligence, son humour, sa bienveillance ou une quelconque autre qualité. Les assignées femmes doivent être désirables pour être accepté-e-s dans une société patriarcale.

Attention cependant que les assignées femmes doivent être belles mais aussi naturelles. Ne sera pas toléré par la société « l’excès » de maquillage (relatif à des situations très spécifiques) ou le surnombre de minutes dans la salle de bain à se préparer. Les hommes cis hétérosexuels veulent des femmes naturelles, mais le terme est tout relatif, car le naturel du poil, de la cellulite, des vergetures, des cheveux trop plats ou trop frisés ne sera pas accepté. Soyez naturellement conformes aux dictats de la beauté et, à défaut, maquillez-vous, mais sans que cela ne se voie. Cette quête du faux naturel s’incarne dans le succès du maquillage dit « nude », un maquillage discret qui se doit de gommer les imperfections, affiner le nez, grossir les lèvres, et cela, sans être perçu comme du maquillage.

Pour notre société patriarcale, l’abus de maquillage serait le miroir d’une personnalité qui cherche l’excès, signe de luxure (oh le péché !). Les assignées femmes ne se maquillant pas seront moqué-e-s mais les assignées femmes se maquillant « trop » seront blâmé-e-s. « Elle est vulgaire », « Elle cherche l’attention », « Elle provoque », « Elle est mal dans sa peau ».

Pourquoi la société patriarcale nous apprend à haïr les personnes qui se maquillent visiblement ? Il semblerait que ce mépris vienne d’un bon vieux dualisme corps-esprit typiquement chrétien, toujours bien présent même si (parfois) insidieux dans nos sociétés. L’esprit représente la vertu, il est immuable et éternel, il est à valoriser. Le corps au contraire représente le vice. Il est périssable et superficiel. Particulièrement chez les assignées femmes, il est tentation de la chair, il ne doit pas être mis en avant. Une assignée femme qui se maquille « trop » va être vu-e comme mettant en promotion son corps, et ce faisant ilel « gâcherait » son esprit, qui ne devrait pas être attaché à ce corps qui l’empêche de s’élever. Il y a cette croyance qu’une assignée femme mettant en valeur son corps, le ferait pour pallier un manque d’esprit. Pourquoi ne pouvons-nous pas valoriser autant le corps que l’esprit ? D’ailleurs, pourquoi le maquillage ne devrait-il être relié qu’au corps ? Un make-up peut être le reflet d’une personnalité qui veut se démarquer, d’envies propres à chacun-e.

On voit de plus en plus de hashtags #nomakeup #no filter et autres #natural. Depuis quelques temps, certaines personnalités font la promotion d’un arrêt du maquillage. Si parfois les arguments avancés sont louables (notamment le discours de Sara Forestier qui prônait le « Parfois je me maquille, parfois je ne me maquille pas. Je fais ce que je veux, point. »), parfois ils le sont beaucoup moins. En effet, certaines de ces influenceuses, dans un sexisme très bien intégré, font ressortir une panoplie des arguments bien vissés dans les esprits par le patriarcat. On retrouve le fameux « tu dois retrouver ta vraie nature sans maquillage » : la vraie nature se trouverait dans un ressourcement de l’esprit ,et le corps viendrait mettre des battons dans les roues à cette élévation spirituelle.  « Tu prends trop de temps à te maquiller » : forcément, entre le boulot et les tâches ménagères, il ne faudrait pas que la valorisation de ton corps prenne trop de place dans ton planning. « Tu es déjà belle ! » : cet argument est très fallacieux car nous remarquons qu’il est souvent encensé par des personnes étant naturellement conformes aux dictats de beauté de notre époque. Il est plutôt facile de dire « je n’utilise plus de fonds de teint et tout va bien pour moi » quand on a naturellement la peau lisse et sans imperfection et que l’on ne subira pas de moqueries en cessant l’utilisation dudit fond de teint. En fait, en lançant un mouvement « nomakeup » on se retrouve parfois à créer de nouvelles injonctions. On ne privilégie pas le pro choix, on condamne petit à petit celles et ceux qui continueraient à cultiver leur corps, même si, dans bien des cas, c’est belle et bien leur choix.

Et oui, parfois, le make-up est un choix car il n’est pas sans vertus. Le maquillage peut être intéressant dans le développement de la confiance en soi. Mettre du maquillage n’est pas simple, contrairement à la croyance populaire, et si on s’y attelle c’est peut-être qu’on a l’assurance d’avoir des capacités en make-up ? (D’ailleurs le make up est un art à part entière, on l’oublie trop souvent). Aussi, peut-être que parfois on n’ose pas mettre du maquillage car on ne se sent tellement pas désirable qu’on croit qu’un maquillage n’y changera rien ? Pour plus de personnes qu’on ne le croit, c’est à partir du moment où on se sent confiant-e en son corps qu’on commence à se maquiller, venant souligner des qualités qu’on se trouve enfin, après des années de complexes adolescents. Dans un autre registre, le maquillage peut venir aider à diminuer le sentiment de dysphorie de genre (sentiment d’inadéquation entre le genre assigné et l’identité de genre). Le maquillage peut aussi être intéressant dans le cas de certains troubles. Une personne souffrant de troubles dépressifs m’avait fait remarquer que se maquiller le matin l’empêchait de retourner se coucher et ainsi lui donnait comme une sorte de départ positif à sa journée. Le maquillage peut également aider dans les cas de troubles de déréalisation (sentiment angoissant de non-existence, entre autres) car le maquillage vient surligner les traits de la personne souffrante et, quelque part, sa subsistance.

Comme beaucoup de choses, le maquillage peut être tout aussi bien un instrument de soumission que d’empowerment vis-à-vis de la société patriarcale. Affirmer que le maquillage est foncièrement mauvais serait tomber en plein dans un des collets du patriarcat qui divise les dominé-e-s pour mieux les discipliner. Comme toujours, il est bon de prendre du recul. Et toi, pourquoi tu (ne) te maquilles (pas) ?

Laura Doniri

 

PS : Un grand merci à Marguerite, Lucile, Yannicke, Nasham, Delphine, Lola, Hélène, Justine, Marie, Morgane et Romane pour leur témoignage précieux !

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Le troll : (il)légal

Vald, Lorenzo, Salut C’est Cool,… Ces noms ne vous disent peut être rien mais un mot les réunissent : troll. Mais qu’est-ce que le troll ? Décryptage.

Le troll est un personnage issu des internets qui cherche à tout prix à créer des polémiques, usant d’arguments volontairement caricaturaux pour provoquer son public. Le troll peut se permettre à peu près tout comme propos grâce à une arme : l’humour. Il se dit être dans un perpétuel second degré. Gare à celui qui prend sérieusement ce que dit un troll, il sera ridiculisé au plus vite. Peut-être avez-vous déjà entendu le dicton « don’t feed the troll » ? Quand on dit qu’il ne faut jamais nourrir un troll cela signifie que selon l’usage d’internet on ne doit pas répondre à un troll, sous peine de rentrer dans un faux débat sans fin. La posture de troll revêt une sorte d’immunité sur tout front. Répondre au troll c’est ne pas l’avoir compris, lui et son l’humour, et passer pour un simple d’esprit, tandis que ne pas répondre c’est sembler consentir. Mais consentir à quoi ? En effet, on peut légitimement se demander jusqu’où va la pseudo neutralité du troll. Celui-ci dit n’être d’aucun bord politique et prétend juste emmerder joyeusement tout le monde (comme si la multitude des attaques finissait finalement par les faire s’annuler entre elles ?) Mais c’est bien cela qui est ennuyeux, on ne peut raisonnablement pas dire que le troll « troll » à chaque instant car il reste un humain et chaque humain est partisan d’une manière ou d’une autre. Si quelqu’un croit être neutre c’est plus que probable que qu’il va dans le sens de la société, qui comme on le sait est systémiquement inégale entre les classes, les races, les genres etc. et n’est pas politiquement neutre. Cette théorie se vérifie assez facilement sur internet. On voit apparaitre de plus en plus d’auto-proclamé troll, qui se disent d’aucun bord, dans le perpétuel second degré, mais qui sont en réalité d’extrême droite, sur-lignant grossièrement les vices de notre société que sont le mépris de classe, le racisme, le sexisme et j’en passe.

En soi, après tout être partisan d’un bord politique ou d’un autre n’est pas un problème (ici, en tous cas). Le véritable problème réside dans le fait que le troll ne présente pas ses propos, parfois clairement partisan, comme tels. Ce genre de trolls préfèrent toujours jouer la carte du « qui sait ». Peut-être est-il sérieux ? Peut-être pas ? C’est ainsi qu’on peut faire se faufiler des injures racistes entre deux vannes, et nourrir un discours d’incitation à la haine en coulisses. On a l’exemple des propos sexistes qui fleurissent dans la bonne humeur sous les vidéos de certaines vidéastes sur Youtube. Cela commence par « les femmes à la cuisine » « retourne faire la vaisselle » et fini par « j’ai vraiment envie de te tabasser (et de te baiser aussi) » (en commentaire de mes vidéos, notamment). Y a-t-il quelqu’un qui comprenne le second degré dans ces menaces de mort et de viol ? Personnellement je ne vois pas trop comment on peut dire ce genre de chose et se justifier encore par le filtre de l’humour.

C’est pourtant ce que font des personnages comme Marsault (dessinateur) avec ses dessins ouvertement sexistes et racistes. Les fans crient au second degré. Pourtant, le dessinateur poste le 7 d’août 2018 un statut expliquant qu’il faudrait, en tant que blancs, s’armer, car une « guerre raciale » serait en préparation et les blancs en seront, selon lui, les premières victimes. Comment peut-on voir une forme d’humour là dedans ? Surtout quand un auteur de contenu a grande audience répète encore et encore les mêmes propos haineux ? On ne peut décemment pas. Même recette pour le vidéaste Youtube « Raptor Dissident » qui citera : « rajouter des insultes, ça a aussi cette capacité de rabaisser le niveau de la vidéo pour qu’on se dise “bon c’est pas trop sérieux, on rigole”, même si les choses sont sérieuses, les idées sont sérieuses ». L’auteur le dit lui-même, son humour sert de couverture à ses opinions, plus que douteuses.

On peut aller toujours plus loin avec l’excuse de l’humour, du second degré, du troll. Le 8 août 2018, « Le Parisien » publie des noms de Youtubeurs. Ils auraient chacun harcelé sexuellement des jeunes abonnées, des mineures pour la plupart. Parmi les noms, celui d’un Youtubeur, habitué au trolling. Les screenshot reçus par une adolescente de 15 ans indique les mots du Youtubeur, alors âgé de 29 ans «Tu l’as déjà fait ? A l’occasion si tu as eu une mauvaise expérience je me porte garant de la prochaine pour que ça soit mieux, on fait ça ? », « Si un jour on se voit, je te mange avec plaisir ». « Quand tu veux un plan à 4 ». La gêne est déjà là mais elle surmonte tout lorsque qu’on lit les commentaires de la publication Facebook du journal. On peut y lire, de la part d’un fan du Youtubeur « Mais vous êtes tous idiots ou quoi ? Il disait ça pour troll, ça se voit, c’est trop gros pour être vrai ! ». Ce qui est terrifiant c’est que les fans ne revendiquent pas le fait que ce Youtubeur n’a pas dit ces mots mais bien qu’en tenant un tel discours, en harcelant sexuellement une mineure de 15 ans il aurait fait ça « pour rire ».

Le troll pouvait tout dire, maintenant peut-être peut-il tout faire ?

Laura Doniri

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Le mythe de la gamine

Laura écrit un article, sabrez le champagne les ami-e-s. Je t’écris d’ailleurs cet article en pleine gueule de bois. Je serai donc la seule à ne pas boire de champagne, du coup. Soit.

Quand on commence à s’intéresser au féminisme, on se rend compte rapidement que, entre autre, une des caractéristiques du sexisme est que les femmes sont infantilisées. Les standards de beauté vont d’ailleurs dans le sens de la jeunesse avec une valorisation des grands yeux, pommettes, joue rose, petite taille etc. Bref ce n’est pas le sujet. Aujourd’hui je voulais aborder un phénomène que je nommerais « le mythe de la gamine ». Une des facettes de l’infantilisation des femmes se retrouve dans le plus intime des contextes : la sexualité. On parle beaucoup de consentement ces temps-ci. Dans les rapports sexuels on peut remarquer que le consentement est rarement une notion comprise. Souvent on peut penser que le consentement est quand une personne demande du sexe et que l’autre fini par céder plus ou moins vite aux avances. Le mot consentement est en réalité un  problème car il laisse penser à cette vision de demande de seulement une des deux personnes qui va argumenter pour que le second partenaire accepte le rapport. Alors que, un véritable bon rapport est un rapport pro actif des deux cotés, une envie réelle chez les deux partenaires, où il n’y a pas besoin d’argumenter, les deux veulent la même chose.

De cette vision abstraite du consentement découle des stratégies de certaines personnes pour faire « accepter » du sexe non voulu à leur partenaire. Une des techniques est la culpabilisation. Mais si on creuse dans les différentes techniques de culpabilisation, une particulièrement utilisées est celle qui tourne autour du « mythe de la gamine ». Cette situation est celle où une personne refuse d’avoir un rapport et son partenaire va alors lancer son générateur d’arguments foireux pour faire comprendre à l’autre que si elle ne veut pas avoir de rapport c’est parce qu’elle est juste une enfant perdue. J’en parlais plus haut, on infantilise les femmes, et c’est bien pratique quand on ne veut pas prendre en compte le désir de quelqu’un-e de ne pas avoir de rapport, il suffit de dire qu’elle ne sait pas trop ce qu’elle fait, qu’elle est en proie a ses émotions, qu’elle a besoin d’être guidée, etc. Le générateur à argument foireux de ce type c’est :
– « Ah ben je croyais avoir devant moi une femme libérée et pas une gamine timide… »
-« Tu ne veux pas parce que tu as peur ? »
– « T’es juste pas cap en fait! »
– « Tu sais pas quoi faire? Je vais te guider allez! »
– « T’es une sainte toi, je vois le genre… »
– « T’es intimidée par moi chui sûr ahah »

Malheureusement, cette technique fonctionne bien car tout le système est fait pour culpabiliser les femmes dans leur sexualité qu’importe ce qu’elles font. On est peut être actuellement dans une recherche de performance dans le sexe. Les femmes ne sont plus seulement jugées si elle sexe trop ou avec trop de personnes, elles sont également jugées sur leur performance (et les hommes cis aussi, d’ailleurs). Les femmes au lit, on les veut se faisant un peu désirer, mais ne prenant pas trop de temps non plus, jouant les prudes au début mais qu’elles deviennent sauvages en réalité, on les veut comme n’ayant pas trop couché mais ayant beaucoup d’expérience quand même (paradoxal tout ça oui..). Dire à une fille qu’elle est une gamine si elle ne couche pas ça blesse comme il faut probablement à cause du vécu dans l’adolescence : on a jamais de poitrine assez vite,  on se trouve sans forme aucune, on se dit qu’on embrasse mal, ca nous stresse, pareil pour les premières relations sexuelles, tout le monde se juge et c’est fort peu agréable. A cette période, on en a marre d’être une gamine, justement. Dire à une jeune femme qu’elle est une gamine si elle couche pas, c’est la remettre dans ce contexte anxiogène de l’adolescence alors qu’elle en est sortie depuis longtemps.

Il y a deux ans, c’était un mois d’avril, je me retrouvais invité chez un ami pour une soirée gâteau vegan et bon vin. Beau programme en somme. La soirée était chouette mais je commençais à être un peu saoule et j’avais peur de rater le dernier train. Je regardais par la fenêtre et en me retournant j’ai vu la tête du gars arriver sur moi et là il m’embrasse. Surprise, je le repousse et puis j’entends cette phrase de sa bouche « Ah mais sois pas timide, je croyais que t’étais une grande fille ». Ces mots m’ont glacé le sang, je me retrouvais à devoir me défendre sur un soi disant « manque de maturité » car je ne voulais pas avoir de rapport avec quelqu’un. Je ne sais trop comment, je me suis sentie bête, petite et conne. Je commençais a me demander si effectivement cette boule dans mon ventre c’était peut etre de la timidité ? De la peur ? J’ai su bien plus tard que c’était juste du dégoût. Que je n’avais pas voulu continuer pas parce que j’étais peureuse mais parce que j’en avait pas envie. Et on en arrive à un des problèmes clé de la sexualité des non mecs cis : nous désirons et personne ne veut admettre ça. Et ouais les gars, des fois, vous nous dégoutez, des fois on est pas attiré par vous, on ne vous désire pas. On a des envies, et des non-envies. Nous sommes des sujets conscients et rationnels qui faisons des choix. Et quand on pose ce choix terrible pour vous qu’est le refus d’un rapport, c’est pas parce que nous sommes contrôlé-e-s par des émotions de petite fille comme la timidité ou la peur, non, c’est parce qu’on ne vous désire juste pas. Il est tout là « le mythe de la gamine ». Si on ne considérait plus les femmes comme des enfants, on arrêterait de tergiverser et remettre en question leur choix.

Alors, quoi retirer de tout ça ? Sans doute déjà s’alerter quand on entend un argument dans l’axe du mythe de la gamine. Ensuite croire en ses choix, suivre son ressenti, se faire confiance. Tout est fait pour qu’on doute de notre capacité à faire des choix rationnels, combattons cela. Comment ? En osant être sincère, dire non quand on veut dire non, mais aussi dire oui quand on veut dire oui. Oser exprimer nos envies et non-envies. Remettre l’autre en place si on sent que notre avis n’a pas été pris avec sérieux. Ou juste s’en aller, car rien ne nous retient, nous sommes des êtres libres. Nous sommes doués de caractéristiques propres, et si quelqu’un-e voulait bien faire quelque chose et nous pas, c’est des plus logique, nous désirons chacun-e des choses différentes et personne ne peut remettre en question cela. Refuser un rapport, cela ne fait pas de toi une gamine, cela fait de toi un humain sûr de ses choix, n’oublie jamais cela.

Laura Doniri

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Ode au narcissisme

TW : sexisme, bodyshaming, description Revenge Porn

Note : le sens du mot narcissisme à prendre dans cet article = amour pour soi

– un homme, dans la rue : « Hey mademoiselle t’es belle ! »

– Moi : « Je trouve aussi. »

Et là c’est le drame. On passera les « heu ça va redescend, tu te prends pour qui connasse ?! ». Il y a un fait qui n’est plus à démontrer, dire « Je me sens jolie » c’est le blâme assuré de toute une société. Tout le paradoxe est que la littérature et les Internets sont gorgés de sujet « Comment avoir plus confiance en soi ? », tandis que le cinéma contemporain nous rebat les oreilles d’histoire de mal être où la morale de fin est simplement « fallait juste s’aimer au final, chérie ». Alors apparement, ne pas être à l’aise avec soi-même c’est mignon, c’est l’humilité tandis qu’avoir confiance en soi c’est être une connasse narcissique.

J’ai pu remarquer que cette injonction à l’humilité et aux blâmes de soi était particulièrement forte sur les assignées femmes. Odeurs des manuels de séduction d’il n’y a pas si longtemps ? La femme ne doit pas se vendre, elle se doit d’être pudique, une fleur qu’on admire puis qu’on cueille. De l’autre côté on pardonne le narcissisme des hommes. Ils roulent des mécaniques, ils font les beaux, c’est la parade nuptiale (Erk.). Sans déconner je m’étonne de cette différence que je remarque au fur et à mesure de ma vie. Rien que dans l’enfance, un garçon qui donne des recommandations dans un groupe pour une activité dans la cours de récréation, c’est un leader, un boss, il sait ce qu’il vaut et ce qu’il fait. Une fille qui donne des consignes pour un jeu ? Mais pour qui elle se prend ? Elle est en train de nous montrer qu’elle pense s’y connaitre en quelque chose ? Elle fait la « chef » quoi, c’est agaçant. Même mécanique plus tard au boulot, dans les projets, pourquoi si peu de femmes se retrouvent à des postes de direction ?

On se retrouve en tant que filles et femmes dans une position d’attente perpétuelle de validation par autrui de nos capacités, de notre « capital » beauté, etc. C’est la situation typique du gars qui nous dit qu’on est jolie et que la bienséance nous inculque qu’il faut simultanément rougir, avoir l’air gêné, dire que c’est pas vrai, sourire, finir avec une pluie de remerciements. Toute cette mécanique d’attente de validation fait qu’on ne se permettra jamais d’être bienveillante avec nous-même, d’avancer seule, et cela c’est relativement handicapant, dans tous les domaines de la vie.

Autant, le narcissisme intellectuel est blâmé mais pas autant que l’amour de son corps. Aimer son corps c’est le crime des femmes, le paroxysme de la connasse narcissique étant : cultiver sa beauté, exposer ce qu’on aime chez soi. Et là les youtubeuses beauté prennent cher. Tu peux être une make up artist renommée qui fait des maquillages avec la précision et le savoir-faire d’un-e artiste peintre qui a fait les plus grandes écoles, tu cultives ton corps petite insolente ? Tu es donc une connasse narcissique, qui pense qu’à elle, qui devrait redescendre car là, ça va plus, t’as trop de confiance, c’est dérangeant. En compensation, je vois les youtubeuses beauté s’excuser indirectement, en prenant une voie fluette, en se faisant toute petite, mignonne, pudique, en répétant dans leur vidéos que « oh mais je suis trop moche lààààà »/ « oh j’en peux plus de ces cheveux qui frisent ! »/ « vous avez vu cette énorme bouton sur ma joue ? » (non on l’avait pas vu, vraiment). En fait les meufs pour être bien vu elles doivent être parfaites mais au naturel, elles doivent être belles mais surtout JAMAIS le dire.

Alors évidemment, le but ici n’est PAS de blâmer les filles et femmes qui peinent à avoir confiance en elles, ce malaise avec soi même est compréhensible car c’est qu’on leur apprend, tout au long de leur vie. Il y a des pressions, partout, tout le temps. Les commerciaux notamment n’ont aucun avantages à nous faire remarquer nos qualités physiques, non, pour vendre des bandes de cire faut bien leur faire croire que leur sourcils sont trop gros à ces meufs. Puis pour vendre le crayon à sourcils faut qu’elles pensent qu’elles ont des sourcils trop fins, que leur visage « manque de caractère », oui oui… Puis il y a le système indéniable de privilèges : plus tu en as (mince, blanch-e, normé-e, etc.) plus ce sera facile d’avoir confiance en soi, of course.

Je lisais un article assez terrifiant l’autre jour, écrit par une meuf assez connue, qui se dit défendant les droits des femmes (misère), dont la thèse était « les femmes subissant du Revenge Porn de la part de leur copain (= contenu sexuellement explicite qui est publiquement partagé en ligne sans le consentement de la ou des personnes apparaissant sur le contenu dans le but d’en faire une forme de « vengeance ».) ont leur part de faute car elles avaient qu’a pas se prendre en photo dénudées, elles auraient dû calmer leur narcissisme aigu ». Alors on en est vraiment là ? On haït tellement les femmes qui exposent leur corps que cela devient le prétexte à leur imposer la culpabilité dans une situation où elles sont clairement victimes ? Cette thèse maintient tellement de choses abominables : Premièrement une femme qui montre son corps une fois à son partenaire est censée être d’accord pour que tous l’Internet voit ce corps ? Donc une femme ayant déjà fait une fois l’amour peut être agressée sexuellement par tous dans la même logique je suppose ? Deuxièmement dans cette thèse on nie totalement les pressions et chantages affectifs éventuels du partenaire. Les « allez envoie un nude, sinon ça veut dire que tu m’aimes pas ! »/ « Arf mais t’es qu’une coincée aussi ! » on connait et reconnait, dans certains cas, les femmes sont sous pression, croire qu’elles font ces photos que pour elles peut être erroné. Troisièmement, dans les cas où une femme prend des photos dénudées d’elle-même car elle se sent à l’aise avec ça, qu’elle se sent belle, qu’elle a confiance en elle, elle doit être condamné du crime des crimes, du terrible narcissisme ? Vu qu’elle est coupable, qu’elle est dans le pêché disons-le, elle a explicitement fauté en s’aimant, toutes les horreurs qu’elle pourrait subir comme la publication à l’échelle mondiale de ses photos étant réservées à la base à une unique personne, toutes ces horreurs, elle en est coupable aussi ? Ce qui m’a fait le plus peur c’est que cette auteure d’article avec cette thèse pense prôner les droits des femmes, mettre en avant une belle féminité pure, sans salope-qui-fait-des-photos-nue. Et si j’ai envie de faire des photos nue, en fait ? Et si j’ai envie qu’elles soient publiées dans un cadre restreint ? Ou plus élargi ? Avoir des droits c’est avoir des choix.

« Non mais Laura (oui je m’appelle Laura, si tu savais pas, enchanté <3), faut faire des choses pour soi et pas pour les autres, c’est ça qu’elle voulait dire l’auteure de l’article !  » Alors on tombe sur une question de sociologie fort intéressante que l’auteure de l’article n’a apparemment pas pris en compte (oups!) : où s’arrête le regard des autres et où commence le mien ? En effet, ne penses-tu pas que ton regard, tes préférences sont influencés par l’éducation que tu as reçue,  par le milieu dans lequel tu te trouves ? C’est joli l’idéal de regard « pur », immaculé de l’avis des autres mais cela ne peut exister. Ainsi, ce n’est pas un mal d’aimer une mode, d’aimer plaire aux autres, de se trouver juste joli-e. En fait, il me semble que l’enjeu n’est pas « est ce que je fais cette chose pour moi ? » (difficile à déterminer) mais plutôt « est ce que je me fais du mal à faire ce que je fais ? ». Est ce que le taux de bénéfice de l’épilation vaut la douleur endurée ? Et pour mes talons ? Et ce foutu régime ? Toi seul-e sait ce qui est bon pour toi, ce que tu veux faire de ta vie, personne ne devrait commencer à spéculer « mmh elle, elle a pas l’air bien dans sa peau avec ce maquillage ! » NON. C’EST LE MOMENT DE FERMER SA BOUCHE. Son corps, ses choix, dude.

Donc les copain-e-s juste une chose, aimez-vous, soyez bienveillant-e-s avec vous-mêmes, reconnaissez vos qualités, vous avez le droit. Sur ce, je repars à mon mémoire de philosophie, but first let me take a selfie.

Laura Doniri

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La crise de déréalisation dans « Get Out »

Tw : racisme, description crise d’angoisse

Note : Cet article est bourré de spoils, donc si tu n’as pas vu le puissant « Get Out », va vite le voir (il est en bonne qualité sur PopCorn Time huhu).

Synopsis de Get Out : Chris file le parfait amour depuis 4 mois avec sa copine Rose. Chris se retrouve invité par sa bien aimée à passer un week end chez sa famille. Le jeune homme appréhende particulièrement le fait qu’il est noir alors que Rose et toute sa famille sont blanch-es. Très vite, il va se rendre compte qu’il n’a pas été invité pour boire tranquillement le thé…

J’ai vu il y a quelques temps le film Get Out. On me l’avait évidemment conseillé pour son propos sur le racisme dans la société actuelle. C’est évident, le sujet premier du film est porté sur les angoisses que peut ressentir une personne racisée dans une structure (familiale dans le film, sociétale dans la réalité) blanche. Beaucoup de personnes ont déjà décortiqué les différents symboles et représentations qui se retrouvent dans Get Out mais je vais rappeler les principaux points. Tout d’abord, le réalisateur a évité le manichéisme bête « les noir-e-s sont gentil-les, les blanch-es sont méchant-es ». En effet, notamment avec la scène de la policière racisée qui ne croit pas  le pote de Chris qui s’exclame que son ami a disparu et est sans doute retenu prisonnier par une famille de blanch-es. On suppose que c’est le racisme intégré qui est ainsi représenté : les personnes racisées se retrouvent à décrédibiliser une x personne racisée quand elle parle de racisme (ex: « tu exagères, « t’es parano », « y’a plus de racisme aujourd’hui hein ! »). Le racisme intégré fait partit du système d’oppression. Ensuite, plus que le racisme qui est mis en avant c’est sa facette « bienveillante » qui est relevée. D’instinct en tant que blanch-es si on dit « racisme » on entend « les blanch-es qui sont méchants avec les noir-es ». Sauf que non, le racisme va plus loin que ça. Avec le racisme dit « bienveillant », l’oppression est maintenue par une série de clichés vus comme positif sur les personnes racisées : dire que les personnes racisées sont bonnes à la course, en danse, au lit, sont plus fortes physiquement, cuisine mieux certains plats etc.. c’est du racisme, bienveillant certes, mais du sale racisme quand même et souvent on s’en rend pas compte. Enfin, on ressent bien le côté systémique de l’oppression. Si la famille de Rose représente la société blanche on comprend tout a fait l’angoisse d’une personne racisée comme Chris à ne pas avoir d’issue au racisme (attention en tant que blanc-he-s on ne pourra jamais se mettre à la place d’une personne racisée mais dans ce film on a juste un aperçu), il est coincé dans un système fermé où tout va l’oppresser. Il y a une sorte de claustrophobie qui se créé. Comme ça la partie « racisme » de Get Out est traitée (voir Youtube pour full vidéo sur le sujet). Note : je suis blanche, c’est possible que ce que je dis n’est pas juste concernant le racisme, si c’est le cas, qu’une personne racisée n’hésite pas à me le dire en commentaire !

Maintenant j’aimerais en venir à un sujet que je n’ai pas encore vu décortiqué dans une seule vidéo : les angoisses. Par angoisse je parle de la crise d’angoisse. Elle diffère je pense de la crise d’anxiété, où la source de l’angoisse est identifiable, où elle vient de l’extérieur. La crise d’angoisse peut venir de n’importe quoi, en tous cas pas toujours d’un élément stressant, l’angoisse en réalité vient de nous (Sartre en parle dans sa définition d’angoisse). Une personne peut partir en crise d’angoisse car elle réfléchit trop à une « bête » question par exemple. La crise d’angoisse ne touche pas tout le monde et les personnes qui les vivent en parlent peu, par peur d’être stigmatisées. C’est pourquoi les crises d’angoisses sont peu décrites, difficilement identifiable, du coup.

Mais c’est là que Get Out tape fort : à mon sens les séances d’hypnoses que subit Chris sont des métaphores de crise d’angoisse, et plus spécifiquement de la « déréalisation ». La déréalisation est une altération de la perception ou de l’expérience du monde extérieur qui apparaît étrange, irréel, et extérieur. La personne souffrant de déréalisation doute de sa propre existence et cela lui donne un sentiment nauséeux. Par un stimulus qu’on dirait ridicule (le bruit de la cuillère dans la tasse de thé dans le film) Chris se retrouve dans un état où il est paralysé, où il est comme prisonnier de son propre corps, où il a l’impression de disparaitre à l’intérieur de lui même. Il a l’horrible sensation de s’éloigner de la réalité, de plus en plus. Si pour certains ces symptômes ne leurs disent rien, ceux-celles qui vivent des crises d’angoisses reconnaissent bien ce mécanisme d’incapacité soudaine à se gérer soi-même, cette impression d’à la fois mourir et disparaitre, tout cela suite à un stimulus d’apparence lambda.

Dans ces moments d’hypnose dans le film, la prise de vue est typique des crises d’angoisses avec déréalisation, Chris ne voit plus le monde qu’a travers une minuscule fenêtre, 90 pour-cent de sa vision est bouchée par la « nuit », une sorte de noirceur inquiétante. Aussi, je trouve vraiment percutant la manière avec laquelle Chris se meut dans cette séquence d’hypnose, il est comme dans le vide, comme dans un rêve si courant où on a ce désagréable sentiment de chute. Chris se noie sans pouvoir se raccrocher à quoi que ce soit, s’éloignant de la réalité de plus en plus. Tout ça me semble typique de la déréalisation également, où on s’éloigne de la réalité, où nos sens jusqu’à notre touché disparaissent, où en ne sentant plus le sol sous nos pieds on a cette impression de noyade dans le néant.

Avec cet éloignement soudain de la réalité, on n’a plus d’emprise sur le monde, cela est d’autant plus angoissant. A ce genre de crise s’accompagne la paranoïa à propos des gens qui nous entourent (« je suis en situation de faiblesse, va-t-on m’attaquer, en profiter ? »), la terreur constante que cela se reproduise (au moindre coup de cuillère Chris est paralysé), la culpabilité de se « laisser avoir » si facilement (« si c’est toujours les mêmes mécanismes, pourquoi je ne m’en prémunis pas ? »).

On retrouve vraiment cette sensation onirique où lorsqu’une situation de danger nous est exposé dans un rêve, on se retrouve dans l’incapacité de courir, de s’enfuir. Nous sommes comme balayé d’un tableau à un autre du rêve, sans prise avec les événements « extérieurs ».

J’ai adoré Get Out car ce film a un contenu terriblement moderne. A l’heure actuelle où la rationalité de la science prime on n’a plus peur des monstres ou des esprits, mais on a peur de soi-même, de sa propre folie. A l’heure où tout semble prévisible, le manque de contrôle soudain semble être le pire des cauchemars. Get Out c’est un vrai film d’horreur, qui représente ce qui fait vraiment peur, pas aux enfants mais aux adultes. Et ça, c’est terrifiant.

Laura Doniri

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